• Dominique de Rive Gauche

En dormance involontaire ...

Mardi 14 avril. C'est parti pour le Québec et plus précisément Coteau-du-Lac pour une papote de 1h12 avec Gabriel Lalonde.


Gabriel Lalonde et moi, on se connaît depuis une quinzaine d'années. La dernière fois que j'ai vu Gabriel, c'était il y a deux ans, à Paris ... Dans le contexte actuel, j'avais un réel besoin d'entendre sa voix, de l'écouter nous parler de son travail, de son ressenti avec la profondeur, la sincérité et l'humour qui le caractérisent tant.


Le '3 minutes de Rive Gauche' est aujourd'hui consacré à Gabriel Lalonde, peintre écrivain ou écrivain peintre, comme l'intitulait déjà en 2007 Corine Bolla-Paquet dans la revue 'La Vie des Arts'.

Gabriel écrivait il y a quelques jours :

la vie est différente / changée / plate / anormale demain ressemble à hier / j’avance à pas d’ennui/ les jours sont mous sans surprises / sans parfums / anémiques ni force / ni couleurs // sauf le noir / sauf le blanc le temps est immobile / mélancolique ni corps / ni mouvement


Ça me semblait mal parti pour mon '3 minutes'... sensé vouloir remettre de la couleur dans notre quotidien ... mais Gabriel Lalonde n'avait pas dit son dernier mot.


'Tout le monde est confiné. Ce qui me manque le plus, c'est de ne pas voir mes enfants et petits-enfants. C'est un changement de vie complet. Quand tu es confiné avec des règles, cela change tout. Le temps n'a plus la même valeur. Tu perds tes repères, ta façon de penser et de réfléchir. En temps normal, je ne suis pas confiné mais je suis solitaire. Et cette solitude sert mon travail. Aujourd'hui, l'atelier reste mon lieu de travail. Dans mon atelier, c'est du temps utile. Je le passe à l'écriture, je peins, c'est un temps créateur.

Moi, j'ai été chanceux car je dois écrire, pour début juin, 21 textes à partir de 21 oeuvres visuelles pour le Musée régional de Vaudreuil Soulanges. C'est un contrat d'écriture.

Un groupe de travail, un groupe privé d'artistes a en outre été créé. On est 150 et tous les matins, chacun poste à son tour'.



'Pour ce qui est du monde sans couleur que je dépeins plus haut, sache que je ne parle pas toujours de moi. Je parle des gens, je suis une éponge. Je peux écrire des choses qui apparaissent obscures ou sombres. Je travaille le noir, le brun. Ce n'est pas moi nécessairement. C'est l'environnement autour de moi, c'est ce que vous ressentez que je transforme en écrits, en paroles, en dessins. En ce moment, il n'y a rien pour se réjouir. Lors du déconfinement, on va se retrouver. On va retrouver notre nous intérieur'.


'Il faut rester vivant. Mes ressources? Se rapprocher de ce qu'on peut, de ce qu'on a le droit de faire. Je me rapproche de la nature. Les oiseaux migrateurs reviennent. On a rencontré un petit cerf. La nature reprend son espace. Le fleuve Saint-Laurent est très beau.

On redécouvre les gens aussi. Un sens du partage. Ce n'est pas de la proximité mais un partage de présences.




Les 2 premières semaines de confinement, je n'ai pas créé d'oeuvres visuelles. Là, je recommence. C'est assez différent de ce que je fais habituellement. Ce n'est pas moi encore... J'utilise du vert de gris, du noir, du brun, de l'ocre. Ce sont mes couleurs habituelles mais elles sont plus envahissantes que d'ordinaire. Pas de rouge pour le moment. Je ne suis pas dans la maison du rouge actuellement.


L'élan 'Je te rouge' reviendra, quand on recommencera à vivre, hors de ce confinement. 'Je te rouge', c'est une série à partir de la couleur rouge. Dans les rouges, il y a des formes cachées. C'est un travail au doigt. Quand j'ai vu la forme, je la cache.




Gabriel, tu veux bien nous en dire plus sur les oeuvres disponibles à la galerie?


'Oui, bien sûr. 'Porteuse de lumière', c'est un peu le principe des plaques du temps. Souvent, ce sont des oeuvres que j'ai faites antérieurement. Le fond, c'est du bois pressé. Une oeuvre cassée à la main. On en jette des choses quand on travaille. Maintenant, on recycle nos oeuvres. On en rebâtit une autre. Et celle-ci devient plus intéressante. Elle est faite de temps passés et de temps présents'.


'Poète de nuit', c'est le mouvement dans la nuit. Moi, je suis un poète de noir. Un écrivain de noir. J'ai mon côté sombre. Ce n'est pas toujours facile de travailler le noir, ça paraît simple mais ça ne l'est pas.

Les couleurs terre font aussi partie de mes oeuvres. Je suis à l'aise avec elles. Mais quant tu es artiste, quand tu es à l'aise, ce n'est pas bon. Le but, c'est de recréer. C'est l'oeuvre suivante qui m'intéresse. Pour les artistes, le plus difficile, c'est d'arrêter sa main. Apprendre à travailler dans la simplicité.


'C'est noir parce que je suis noir. C'est rouge parce que je suis rouge à ce moment-là'


Aujourd'hui, on est en dormance involontaire. Comme les ours, l'hiver.


'Ce qui nous reste à vivre est plus important que l'épisode marquant que nous vivons. Le plus fun, c'est quand on va se réveiller !'



'Porteuse de Lumière' / Accumulation / 24 x 14 cm



Gabriel Lalonde

(°1945, Hudson, Québec)

Poète et artiste en arts visuels


Je crée des traces. De nos paroles. De nos silences. De nos présences.

Mon oeuvre parle du temps multiple. J’écris le temps comme un instant. Celui qui passe celui qui vient de passer.


Mes oeuvres ont été présentées à: Paris Londres Berlin Bruxelles Montreux Namur La Haie Nice Le Mans Saint Étienne Quimperlé Dubaï New York Chicago Miami Atlanta Toronto Ottawa Montréal Québec…



Des idées pour vous, pour nous:


* Plus on est à l'aise, moins c'est challengeant. On sort de notre zone de confort.


* Si on a l'âme d'artiste, on n'oublie pas que le plus difficile, c'est d'arrêter sa main.


* Dans n'importe quel secteur, on essaie de rester authentique. L'intérêt réside dans la différence. Alors, ne trichons pas avec nous-mêmes.


* on se crée un atelier, une zone-tampon, où le temps est créateur et utile. Un lieu où l'on oublie, pour un temps, les règles du confinement.


* Gabriel Lalonde (comme l'a également fait Karen Birnholz lors du '3 minutes' précédent) associe une couleur à un moment donné. On fait comme lui?


* on appelle via skype, Messenger... nos amis qui résident au loin. C'est une belle forme d'évasion et une bouffée d'air.


* on recycle, on récupère


* on profite de la nature

* On se dit que le plus fun est à venir !


* et encore et toujours, on fait appel à Rive Gauche si on a envie de changer de décor...;)




Voilà, c'est tout pour aujourd'hui... Merci à vous pour ces 3 petites minutes de lecture qui, je l'espère, amèneront de la couleur dans votre quotidien. On se dit à tout bientôt!

Vos remarques et suggestions sont les bienvenues


Portez-vous bien


Dominique





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